La technologie LOHC (Liquid Organic Hydrogen Carriers) métamorphose le stockage et le transport de l’hydrogène dans l’industrie chimique. Cette innovation transforme profondément la manière dont nous utilisons et distribuons cette énergie propre à travers différents secteurs industriels. Entre réductions de coûts, sécurité renforcée et compatibilité avec les infrastructures existantes, les LOHC s’imposent comme l’une des avancées les plus structurantes de la filière hydrogène mondiale.
Niveau : 🟢 Grand public · Domaine : ⚗️ Industrie chimique · Enjeu : 🌍 Transition énergétique
Le fonctionnement des LOHC : une solution innovante pour l’industrie de l’hydrogène
Les LOHC représentent une avancée significative dans le domaine du stockage et du transport de l’hydrogène. Ces liquides organiques porteurs d’hydrogène offrent une méthode sûre et efficace pour manipuler ce gaz volatile, dont la densité énergétique volumique pose des défis considérables avec les technologies conventionnelles. Le procédé LOHC repose sur deux réactions catalytiques essentielles :
- L’hydrogénation de molécules pauvres en hydrogène (chargement)
- La déshydrogénation de molécules riches en hydrogène (déchargement)
Cette approche ingénieuse permet de stocker l’hydrogène sous forme liquide à température et pression ambiantes, là où les méthodes concurrentes — compression à 700 bars ou liquéfaction à −253 °C — exigent des équipements coûteux et des conditions extrêmes. Un avantage majeur de cette technologie réside dans la possibilité d’utiliser les infrastructures pétrolières existantes pour le stockage et le transport, réduisant de façon notable les coûts d’implémentation.
✅ À retenir
Les LOHC permettent de stocker l’hydrogène à température et pression ambiantes sous forme liquide stable, en s’appuyant sur les réseaux de distribution de carburants liquides déjà en place. Ce système garantir une manutention sécurisée sur de longues distances sans perte significative.
Les principaux atouts des LOHC incluent :
- Un stockage longue durée sans pertes mesurables
- Un transport sécurisé sur de grandes distances, y compris par voie maritime
- L’utilisation d’infrastructures de distribution déjà en place (cuves, tankers, pipelines)
- Une capacité à accéder à des marchés géographiquement éloignés des zones de production
Ces caractéristiques font des LOHC une option particulièrement attrayante pour l’industrie chimique en quête de solutions durables pour la gestion de l’hydrogène. Les entreprises spécialisées dans le pompage industriel pourraient également bénéficier de cette technologie pour améliorer leurs processus de transfert de fluides.
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densité de stockage de l’hydrogène dans le dibenzyltoluène (DBT), l’un des LOHC les plus prometteurs
Critères de sélection et couples moléculaires pour les LOHC
Le choix des molécules LOHC est déterminant pour l’efficacité du procédé. Les chercheurs et industriels évaluent ensemble plusieurs paramètres essentiels avant de sélectionnez un couple moléculaire adapté à une application donnée :
- Stabilité thermique et chimique sur de nombreux cycles d’hydrogénation/déshydrogénation
- Faible toxicité pour garantir la sécurité des opérateurs et de l’environnement
- Capacité de stockage massique élevée (pourcentage en masse d’hydrogène)
- Réversibilité complète des réactions sans dégradation du porteur
- Point de fusion suffisamment bas pour rester liquide dans les conditions de transport
- Disponibilité commerciale et coût d’approvisionnement raisonnables
Parmi les couples de molécules LOHC les plus prometteurs, on trouve :
| Molécule pauvre en hydrogène | Molécule riche en hydrogène | Capacité (% masse) |
|---|---|---|
| Toluène | Méthylcyclohexane | 6,2 % |
| Dibenzyltoluène (DBT) | Perhydrodibenzyltoluène (H18-DBT) | 6,2 % |
| Naphtalène | Décaline | 7,3 % |
Ces couples moléculaires offrent un équilibre optimal entre performance et sécurité, répondant aux exigences strictes de l’industrie chimique. Les chercheurs explorent également le potentiel des liquides ioniques comme nouveaux LOHC, ouvrant la voie à des innovations futures dans ce domaine en pleine expansion. Des données récentes issues de différents programmes européens montrent que le DBT — notamment commercialisé sous le nom Marlotherm SH — est l’un des porteurs les mieux adaptés au transport maritime longue distance en raison de sa faible pression de vapeur et de sa stabilité thermique exceptionnelle.
L’utilisation de LOHC pourrait compléter les solutions existantes pour le transfert de fluides colorés dans l’industrie, offrant une alternative sûre et efficace pour le transport de l’hydrogène.

⚠️ Défis technologiques et applications industrielles des LOHC
Malgré les avantages prometteurs des LOHC, plusieurs défis technologiques restent à surmonter pour une adoption à grande échelle. Ces obstacles ne sont pas insurmontables, mais ils requièrent des investissements importants en R&D ainsi qu’une coordination entre différents acteurs de la chaîne industrielle :
Les catalyseurs à base de platine ou de palladium offrent d’excellentes performances pour la déshydrogénation, mais leur coût élevé et leur rareté freinent la montée en échelle industrielle. Des travaux portent sur des catalyseurs moins nobles à base de nickel ou de cobalt.
La déshydrogénation est une réaction endothermique nécessitant un apport de chaleur entre 250 et 320 °C. La conception de réacteurs capables de maintenir une température homogène et de valoriser les flux thermiques disponibles constitue un enjeu majeur pour le bilan énergétique global du système.
Environ 25 à 40 % de l’énergie contenue dans l’hydrogène peut être consommée par la réaction de déshydrogénation. Récupérer et réutiliser cette chaleur — par exemple pour des réseaux de chaleur industriels — est indispensable pour garantir la compétitivité économique des LOHC face aux alternatives.
Ces challenges stimulent l’innovation dans l’industrie chimique, poussant chercheurs et ingénieurs à développer des solutions créatives. Les applications envisagées pour les LOHC sont vastes et couvrent différents secteurs :
| ✅ Applications actuelles | ❌ Contraintes associées |
|---|---|
| • Stockage stationnaire d’hydrogène • Transport maritime longue distance • Alimentation de piles à combustible • Fourniture de H₂ pour la chimie fine |
• Besoin d’apport thermique pour la décharge • Rendement énergétique global à améliorer • Coût des catalyseurs nobles |
Ces applications ouvrent de nouvelles perspectives pour l’industrie de l’hydrogène, en particulier dans le contexte de la transition énergétique. Les LOHC pourraient jouer un rôle crucial dans la création d’une économie de l’hydrogène viable et durable, en permettant notamment d’accéder à des marchés jusqu’alors hors de portée des sources de production d’hydrogène renouvelable.
L’intégration des LOHC dans les processus industriels existants pourrait également bénéficier aux entreprises spécialisées dans le traitement des fluides industriels, offrant de nouvelles opportunités pour la gestion et le transport de l’hydrogène.
⚠️ À garder en tête
Le bilan énergétique global d’un cycle LOHC complet (hydrogénation + transport + déshydrogénation) doit être soigneusement optimisé. Sans récupération de chaleur ni source d’énergie renouvelable pour la décharge, le gain environnemental par rapport aux carburants fossiles peut être significativement réduit.
🎯 Projets industriels et perspectives d’avenir pour les LOHC
L’industrie des LOHC connaît un essor rapide, avec de nombreux projets en développement à travers le monde. En Europe, l’Allemagne et les Pays-Bas sont à l’avant-garde de cette révolution technologique. Le projet Northern Green Crane, par exemple, prévoit d’importer de l’hydrogène vert de Suède vers les Pays-Bas et l’Allemagne, utilisant la technologie LOHC pour assurer un transport sécurisé sur l’ensemble du corridor logistique.
En Asie, le Japon et la Chine investissent massivement dans la recherche et le développement des LOHC. La société japonaise Chiyoda Corporation conduit depuis plusieurs années le projet AHEAD (Advanced Hydrogen Energy Chain Association for Technology Development), qui s’appuie sur le couple toluène/méthylcyclohexane pour importer de l’hydrogène depuis Brunei. Ces initiatives témoignent de l’intérêt croissant pour cette technologie à l’échelle mondiale et de la capacité des LOHC à franchir les frontières géographiques et politiques.
« La technologie LOHC permettrait de relier des gisements de solaire ou d’éolien offshore situés à des milliers de kilomètres des centres de consommation, en s’appuyant sur des navires-citernes classiques reconvertis — sans infrastructure coûteuse à construire. »
— Rapport de l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), perspective LOHC
Le projet EKARRIH2 au Pays Basque illustre l’engagement de l’industrie dans l’amélioration continue des LOHC. Ce projet vise à :
- Développer de nouveaux LOHC plus performants offrant une meilleure capacité de stockage en masse
- Améliorer les technologies d’hydrogénation et de déshydrogénation pour réduire les températures opératoires
- Réduire les coûts de transport de l’hydrogène afin de garantir la compétitivité avec d’autres vecteurs énergétiques
- Mettre en place une sauvegarde fiable des données de procédé pour optimiser les paramètres de fonctionnement en continu
💡 Notre conseil
Pour les industriels souhaitant savoir comment s’impliquer dans la filière LOHC, les plateformes européennes comme Hydrogen Europe offrent un accès privilégié aux consortiums de R&D. Ces appareils de coordination permettent de rester au fait des avancées réglementaires et techniques, et d’accéder à des financements Horizon Europe dédiés à l’hydrogène renouvelable.
Ces efforts de recherche et développement promettent de renforcer la position des LOHC comme solution privilégiée pour le transport international d’hydrogène renouvelable à grande échelle. L’industrie chimique se prépare ainsi à une transformation majeure de ses pratiques de stockage et de transport de l’hydrogène, ouvrant la voie à un avenir énergétique plus propre et plus efficace. La question n’est plus de savoir si les LOHC s’imposeront dans la filière hydrogène, mais à quelle vitesse les conditions économiques et réglementaires permettront de libérer leur plein potentiel.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre les LOHC et la compression d’hydrogène classique ?
La compression à haute pression (350 à 700 bars) nécessite des réservoirs renforcés coûteux et présente des risques liés à la haute pression. Les LOHC stockent l’hydrogène chimiquement lié à une molécule porteuse liquide, à pression ambiante, dans des contenants standards. Ils permettent ainsi un transport sécurisé sur de longues distances sans infrastructures spécialisées, en utilisant les mêmes appareils logistiques que les carburants liquides conventionnels.
Combien d’énergie faut-il pour libérer l’hydrogène d’un LOHC ?
La déshydrogénation — qui permet de libérer l’hydrogène du porteur liquide — est une réaction endothermique : elle nécessite un apport thermique entre 250 et 320 °C selon le couple moléculaire utilisé. Environ 25 à 40 % de l’énergie contenue dans l’hydrogène est consommée par ce procédé. L’optimisation de la récupération de chaleur est donc essentielle pour garantir un bilan énergétique favorable.
Les LOHC peuvent-ils être utilisés avec les infrastructures pétrolières existantes ?
Oui, c’est l’un des atouts majeurs de la technologie LOHC. Les porteurs liquides organiques peuvent être stockés et transportés dans les mêmes cuves, réservoirs et navires-citernes que les produits pétroliers. Cette compatibilité avec les infrastructures existantes réduit considérablement les investissements nécessaires pour déployer une chaîne logistique de l’hydrogène à l’échelle internationale.
Quels sont les principaux pays qui développent des projets LOHC ?
L’Allemagne, les Pays-Bas, le Japon et la Chine sont actuellement les acteurs les plus actifs dans le développement industriel des LOHC. L’Allemagne accueille notamment Hydrogenious LOHC Technologies, pionnière mondiale du secteur. Le Japon conduit le projet AHEAD pour importer de l’hydrogène depuis Brunei via le couple toluène/méthylcyclohexane. L’Espagne et la Suède contribuent également à travers des projets comme EKARRIH2 et Northern Green Crane.
Le porteur LOHC se dégrade-t-il après plusieurs cycles d’utilisation ?
Les porteurs LOHC comme le dibenzyltoluène (DBT) sont conçus pour être réutilisés sur des centaines, voire des milliers de cycles sans dégradation significative. Des études menées sur le DBT montrent une excellente stabilité chimique et thermique sur plus de 1 000 cycles. Une analyse régulière des données de qualité du porteur permet de détecter toute dégradation précoce et de planifier un remplacement ou une régénération si nécessaire.